17 October 2019
Bérénice MALCORPI -

Conduite d’entretien dans le cadre d’une situation de harcèlement sexuel

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Garder la tête froide face à la situation

Après que Grégoire a franchi la ligne rouge et que Céline s’est confiée à Émilie et à Isabelle le soir de l’incident durant le séminaire de mi-année, plus de retour en arrière possible pour Isabelle qui doit prendre en main la situation. Une situation de plus en plus complexe à gérer :

  • elle doit recueillir le témoignage de Céline, qui éprouve des sentiments de malaise, de désarroi et de culpabilité et minimise le comportement de Grégoire – contrecoup psychologique et psychique des violences qu’elle a subies depuis son arrivée dans l’entreprise ;
  • elle doit également auditionner Émilie, Loubna, Nadia, Aurélie, Karine qui, suite à l’incident, ont elles aussi décidé de signaler les faits de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes sous l’insidieuse domination de leurs collègues masculins. 

Comme dans le mouvement #metoo, la parole d’une victime libère celle des autres. Sur les sujets de harcèlement, les témoignages des collègues – victimes et/ou témoins – sont une aide précieuse pour corroborer les propos de la victime. 

Préparer l’entretien 

Il est nécessaire de bien préparer l’entretien individuel, définir ses objectifs, les étapes et les résultats attendus. Il s’agit de comprendre les situations exposées, dans un climat de neutralité́ et de confidentialité́, tout en se tenant prêt(e) à accueillir les émotions de la victime : ses silences, son mutisme, ses réactions incontrôlées, ses souvenirs brouillés, son stress post-traumatique… Bref, trouver un savant équilibre entre deux impératifs : d’une part, faire la lumière sur les événements en toute objectivité, et d’autre part, épauler la victime et lui témoigner une saine empathie.

Collecter les faits et les ressentis

Durant l’entretien, utilisez des questions neutres en cherchant à lui faire préciser concrètement les circonstances des agissements. Événements (actions, réactions), dates, protagonistes, contexte (présence ou non de témoins), lieux, mots et situations perturbantes… L’objectif : recueillir le maximum de faits caractérisant l’ambiance et la culture de l’entreprise et les comportements à risques des collaborateurs. Ces éléments serviront de preuves pour porter le sujet devant la direction. En effet, des témoignages basés sur des faits (et si possible des témoignages écrits) seront préférables à de vagues plaintes. 

C’est précisément la difficulté de l’exercice : collecter des preuves quand certains agissements passent uniquement par la parole et les gestes et parfois sans témoin. En la matière, plusieurs témoignages (y compris ceux d’anciens collaborateurs) apporteront d’autant plus de crédibilité à la parole de la victime. 

Au-delà des faits, il est également important d’aller chercher les ressentis de la victime : s’est-elle sentie mal à l’aise face à telle parole ou à tel agissement ? Quelle réaction cela a provoqué chez elle ? S’est-elle sentie humiliée ou déconsidérée ? Il faudra distinguer les déclarations, les points de vue, les jugements de valeur, les affirmations, les interprétations... Adopter la bonne distance et faire preuve de discernement. 

Rassurer les victimes 

À la fin de l’entretien, prenez soin de reformuler les éléments recueillis pour s’assurer d’avoir bien compris et rappelez le déroulement des suites de la procédure. Après cette étape libératrice tout autant que difficile, la victime est protégée par la loi : elle ne peut être ni sanctionnée ni licenciée pour avoir parlé ou porté plainte. Sur ce point, Isabelle doit être vigilante contre toute discrimination à l’encontre de Céline et la rassurer. 

Une fois la plainte enregistrée, la victime doit sentir que sa voix est entendue. Pour cela, l’employeur doit prendre des mesures qui montrent sa détermination à lutter efficacement contre le harcèlement sexuel et à ne pas laisser seules les victimes, souvent habitées par une forte angoisse d'abandon. Heureusement, Céline bénéficie du soutien d’Isabelle et de ses collègues qui partagent avec elle un même vécu.

> Écoutez le quatrième épisode du podcast «  Blâme »